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  • Mon père, ma mère, mes tremblements de terre

    Mon père, ma mère, mes tremblements de terre

    « (…) il faut accepter de ne pas comprendre les choses mais comprendre qu’elles existent. »

    A l’hôpital, Charlie attend, avec sa mère, le retour de son père parti au bloc pour devenir pleinement Alice. Il se remémore ce fameux jour où, au camping de Noirmoutier, son père lui a dit  » Je suis une femme. A l’intérieur, une vraie. Ce n’est vraiment pas grave. Je t’aime. Je vous aime. Mais je n’ai jamais été un homme. »
    Ce séisme sera le début d’une longue métamorphose familiale.

    Cet adolescent nous raconte ce tremblement de terre, ces deux années qui ont tourné autour de la transformation de son père. Il nous fait part de ses sentiments contradictoires, la honte, la peur, la colère et des questions, beaucoup de questions. Il nous parle de sa mère, cette femme en proie à la dépression, ne sachant pas toujours très bien comment répondre aux interrogations de son fils, constamment désignée comme lesbienne et, à laquelle on donne trop de conseils, il faut partir, il faut un repair masculin pour Charlie… Enfin, il explique la modification de sa relation avec ce père qui entame un long processus de traitements, exposant sa famille au regard des autres, aux jugements, pour pouvoir être simplement lui-même. J’ai découvert cet auteur avec ce roman et je rejoins les amateurs de sa plume juste et délicate. Grâce aux chapitres courts alternant entre passé et présent, la lecture est fluide et rythmée. Le texte, fort et percutant, aborde le thème de la transidentité sans tabou. On perçoit tout le boulversement intrafamiliale qu’engendre une telle transformation. Une belle découverte, je me pencherai sur ses autres romans avec plaisir.

    Vous aimez cet auteur ? Lequel me conseillez-vous ?

    Mon père, ma mère, mes tremblements de terre
    Julien Dufresne-Lamy – Harper Collins

  • Une soupe à la grenade

    Une soupe à la grenade

    Après sept années passées à Londres, fuyant la Révolution islamique, trois sœurs iranniennes poursuivent leur exil en ouvrant un restaurant en plein milieu d’un village irlandais. Si le Babylon café remporte rapidement son petit succès, il ne fait pas le bonheur de tout le monde, notamment de Thomas Mc Guire entrepreneur arrogant régnant sur toute la ville. Tout en préparant avec passion les plats de leur pays, les trois sœurs vont peu à peu dévoiler leur passé…

    Une soupe à la grenade est un savant mélange de douceur et de noirceur. Dans une ambiance chaleureuse au milieu des cottages irlandais, le passé de ces trois sœurs iraniennes ressurgi au gré des effluves de leur cuisine persanne. Comme dans le Restaurant de l’amour retrouvé d’Ito Ogawa, on ressent toute l’importance de la nourriture dans l’expression des sentiments. J’ai été agréablement surprise par cette lecture ni trop naïve ni trop sombre. Fuire à tout prix, fuire un pays en pleine révolution, fuire un passé lourd et douloureux. Si dans la première partie du roman, nous suivons surtout le quotidien de cette petite bourgade irlandaise découvrant l’histoire de ses habitants, peu à peu les sœurs se rappellent les événements qui ont précipité leur exil. Nous découvrons alors les secrets de ce passé, dont elles ne parlent pas entre elles, mais qui les rattrape peu importe le temps et l’endroit où elles se trouvent. Inspirée par sa propre histoire familiale, l’autrice nous offre un très beau voyage entre Iran et Irlande que je vous recommande !

    En bonus, si vous aimez cuisiner, des recettes sont glissées entre les chapitres.

    Une soupe à la grenade
    Marshall Mehran – Picquier éditions

  • Le dérèglement joyeux de la métrique amoureuse

    Le dérèglement joyeux de la métrique amoureuse

    C’est lundi, commençons la semaine avec un peu de poésie !Ici, Mathieu Malzieu nous offre un texte d’une grande sensualité accompagné par les sublimes illustrations de sa femme Daria Nelson. Ensemble, ils nous content leur histoire.

    A travers ses rêves, un apprenti poète rencontre le fantôme de Boris Vian qui lui donne des conseils pour séduire une fée. On suit alors l’histoire de ce coup de foudre entre ce poète qui fait la vaisselle et de cette fée qui enlève ses ailes avant d’aller se coucher. Elle aime ses poésies, même si elle ne les comprends pas, il aime lui écrire ces mots même si elle n’en saisi pas le sens. Entre rêve et réalité, nous tombons peu à peu, pour notre plus grand plaisir, dans l’ivresse des mots.

    Mon préféré : Fée Électricité:
    « Tu m’es tombé sur le coin du cœur.
    Il était coupant, couvert de mines et de volcans mais tu es entrée quand même.
    A l’intérieur, tu as découvert un champ de bataille, une décharge privée d’électricité.
    Tout un village d’ombres et de fantômes abandonnés.
    Il faisait sombre, il faisait froid.
    Mais tu es restée quand même.
    Tu as branché ton électricité.
    Tu as allumé une flamme qui n’existait plus.
    Âme illuminé façon ciel étoilé, je t’explore de jour en nuit.
    Fée Électricité, tu as rallumé ma vie. »

    C’est toujours un plaisir de retrouver cet auteur, je me suis laissée porter par la magie des mots de cette histoire d’amour passionnelle, onirique et enivrante racontée avec douceur et humour. Le format est très agréable le texte est entrecoupé également par des dialogues sous forme de textos entre les deux amoureux.

    Et vous lisez-vous de la poésie ?

    Bon lundi à tous,

    Le dérèglement joyeux de la métrique amoureuse – Mathias Malzieu & Daria Nelson – Iconopop

  • From Jackie with love

    From Jackie with love

    Hello tout le monde, aujourd’hui je continue de rattraper les chroniques de mes lectures d’été en vous parlant de Jackie Kennedy.

    A travers la voix de Jackie, l’auteure nous raconte sa vie, de son enfance à sa mort, en essayant de retranscrire au mieux ses peurs, ses joies et ses peines…Jackie Bouvier est une fille de bonne famille s’apprêtant à devenir journaliste. Lorsqu’elle croise la route de John F. Kennedy elle se consacre à la carrière de son époux s’investissant corps et âme dans son rôle de première dame. C’est le portrait d’une femme forte et combattante ne laissant jamais personne l’éloigner de ses objectifs. Avec courage et détermination, elle fera face aux infidélités de son mari, aux nombreuses menaces mais surtout à tous ces drames qui ont jonché son existence.

    J’aime de plus en plus lire des mémoires fictives. J’avais notamment beaucoup aimé Rien n’est noir de Claire Berest sur la vie de Frida Khalo. Même si c’est parfois un peu compliqué, du point de vue émotionnel, de percevoir ce qui relève de la réalité et de la fiction, c’est un bon moyen pour en apprendre plus sur une personnalité tout en passant un bon moment. Ne connaissant pas la vie de Jackie Kennedy, j’ai été bouleversée par cette série de drames auxquels elle a été confrontée au cours de son existence. Les pages sur l’assassinat de John F. Kennedy sont absolument glacantes et déchirantes. Quatre années de recherches ont été nécessaires à l’auteure pour écrire ce livre et cela se sent, on y retrouve notamment beaucoup d’articles, de discours ou de correspondances. Tout au long de ce récit, Jackie reste le personnage principal, l’auteure n’accorde qu’un rôle secondaire aux autres personnages notamment JFK. Elle dresse deux facettes de sa personnalité assez contradictoires, si Jackie est perçue comme une femme un peu orgueilleuse, dépensière, parfois froide et distante avec son entourage, c’est également une femme passionnée, aimante essayant de protéger aux mieux sa famille. Avec une plume très claire et fluide, nous re-découvrons l’Histoire dans la peau de cette grande dame  ! Un très beau portrait de femme à lire!

    From Jackie with Love
    Hermine Simon – Lilly Charleston

  • Un tesson d’éternité

    Un tesson d’éternité

    Anna mène une vie paisible auprès de son mari Hugues et de son fils Theo. Ils ont une belle maison, Hugues est connu de tous et, malgré un licenciement, il réussit à rebondir, Theo est un lycéen sans histoire qui s’apprête à passer le bac. Oui mais voilà une nuit, on frappe à la porte, les gendarmes menottent et embarquent leur fils sous leur yeux. Impuissants, ils ne comprennent pas cet évènement qui va bousculer leurs vies. Que s’est-il passé ? Ont-ils loupé quelque chose ? Connaissent-ils si bien leur fils?

    Seule contre tous, Anna mène un combat sans relâche pour son fils, elle se remémore alors son passé, des évènements douloureux qu’elle aurait préféré oublier lui reviennent…

    Un tesson d’éternité c’est l’histoire de l’amour infaillible d’une mère pour son enfant. Si elle donnerait tout pour innocenter son fils, son mari lui se fait plus prudent l’accusant de lui avoir toujours tout cédé. Ainsi se creuse un fossé entre eux deux, la tension monte au sein du couple. Sur qui peut-on vraiment compter lorsque du jour au lendemain tout s’écroule ? De trahisons en déceptions, cette mère va se battre pour sauver son fils alors que tout le monde lui tourne le dos. Si Anna vit dans un monde bourgeois, elle est née dans un milieu bien plus modeste. Au fil du livre elle s’interroge sur sa place dans la société, se sentant esclave de cette vie qu’elle s’est forgée. Les retours dans son passé sont éprouvants, ses secrets, ses non-dits remontent lentement à la surface. Connaît-on vraiment les personnes qui nous entoure ? La psychologie des personnages est très bien construite, on ressent toute la douleur de cette mère, la culpabilité de cet adolescent, la peur de ce père. Avec justesse l’auteure décrit une machine judiciaire qu’on ne peut plus arrêter face à la médiatisation, et un univers carcéral toujours plus violent pour cet adolescent qui tente de s’en sortir. J’ai tout aimé le style, la construction, l’histoire, le rythme et cette fin mémorable à la hauteur de ce roman!

    Un tesson d’éternité
    Valérie Tong Cuong – JC lattès

  • La deuxième femme

    La deuxième femme

    Sandrine ne s’aime pas, elle se trouve moche et grosse. D’ailleurs, aucun homme ne la regarde. Un jour, elle aperçoit un homme au journal télévisé, sa femme vient de disparaître. Sans se l’expliquer, elle est complètement hypnotisée par ce mari éploré et décide de se rendre à la marche blanche pour le rencontrer. Elle se rend utile. Il est séduit. Ainsi peu a peu elle prend place auprès de cet homme et de son fils se sentant enfin aimée. Pourtant, son quotidien bascule le jour où la première femme réapparaît…

    Une plume complément immersive et addictive, on est Sandrine, on est dans sa peau, dans ses pensées les plus sombres, les plus intimes. On vit son mal être, ses peurs, ses doutes. C’est un livre qui reste ancré en mémoire tant cette narration est puissante. La pression monte au fil des pages, l’ambiance devient de plus en plus oppressante, c’est étouffant, on est en apnée ! J’ai lu ce livre il y a déjà quelques mois mais j’y repense parfois. Un très bon thriller psychologique. J’ai découvert Louise Mey avec ce roman et j’aimerais vraiment continuer de découvrir cette auteure.

    Est-ce que vous l’avez lu ? Quel livre vous a marqué au point de vous revenir souvent en mémoire ?

    La deuxième femme
    Louise Mey – Pocket

  • Ainsi gèlent les bulles de savon

    Ainsi gèlent les bulles de savon

    ❄ Trois histoires : celle de Claire découvrant tout juste qu’elle est enceinte lorsqu’elle se fait licencier, celle d’Océane qui doit quitter Chicago pour suivre son père et intégrer une université moins prestigieuse que prévu, et enfin celle d’une mystérieuse inconnue qui entreprend un voyage en Indonésie laissant derrière elle son nouveau né…

    ❄ C’est la première fois que je lis un livre abordant le thème du baby blues et pourtant c’est un sujet que je connais malgré moi. J’aurais aimé lire ce livre quelques années plus tôt. Dans le tourbillon infernal d’éloges de la maternité, de conseils, recommandations, remarques, jugements, l’auteure retranscrit très bien cette frustration de ne pas ressentir ce que l’on devrait ressentir, la fatigue, la solitude, la culpabilité, la colère et l’impuissance de l’autre parent. Je trouve encore ce sujet beaucoup trop tabou, il est difficile de verbaliser, de poser des mots sur ce flots de sentiments qu’encore trop de monde ignore. C’est un roman positif qui rappelle que malgré tout cela, ces mères aiment leurs enfants plus que tout au monde. Ayant peur de mes vieux démons, j’ai longtemps repoussé cette lecture mais je ne suis pas déçue. J’aurais aimé avoir une Eleonore à mes côtés. Un roman plein d’espoir plus que nécessaire, merci Marie.

    Ainsi gèlent les bulles de savon ❄
    Marie Vareilles – Lilly Charleston

  • Isabella Bird

    Isabella Bird

    En 1878, la célèbre exploratrice anglaise Isabella Bird, connue pour ses récits d’aventure, souhaite découvrir le Japon pour atteindre Ezo, terre jusqu’alors encore inexplorée.

    Fraîchement débarquée sur le sol japonais, Isabella se met en quête de trouver un bon interprète pouvant l’accompagner tout au long de son périple. Elle le trouvera en la personne de Ito. Avec ses yeux occidentaux, elle s’étonne des étales de marché, des koris, du marchandage ou encore d’une femme qui allaite son bébé dans un train.

    Munie d’un passeport l’autorisant à circuler dans tout le Japon, grâce au parrainage du consul britanique, et soutenue par la communauté britannique, Isabella est bien décidée à parcourir le Japon en empruntant des chemins jamais foulés par personne.

    Basé sur les correspondances qu’Isabella écrit à sa soeur, nous la suivons découvrant des us et coutumes bien différentes des siens. Attisant la curiosité des autochtones, elle est constamment épiée, interrogée. Notre héroïne fait preuve d’une grande ouverture d’esprit et de générosité. Un très bon manga historique que je range dans mes favoris avec Les carnets de l’Apothicaire. Je découvrirai donc les autres tomes avec grand plaisir.

    Isabella Bird
    Taiga Sassa – Ki-oon éditions

  • Pachinko

    Pachinko

    À Besan, en Corée, après la mort de son père, Sunjan vit seule avec sa mère Yangjin. Ensemble, elles tiennent une petite pension au sein de laquelle elles accueillent Isak, un pasteur gravement malade. Un jour, Sunjan rencontre Hansu, un bel homme qui prendra sa défense au marché et dont elle tombera amoureuse. Lorsqu’elle lui annonce qu’elle est enceinte, il lui révèle être déjà marié et lui propose de subvenir à ses besoins sans jamais pouvoir l’épouser. Refusant catégoriquement ce choix, elle s’apprête à couvrir sa famille de déshonneur. Pourtant, guidé par sa foi chrétienne, Isak la prendra pour épouse et l’emmènera avec lui au Japon pour un avenir meilleur…

    C’est le début d’une longue fresque familiale s’étendant de 1930 à 1989. Nous allons suivre Sanja dans sa nouvelle vie pour nous détacher ensuite de sa propre histoire et suivre celle de ses enfants et petits enfants.

    Sans surprise, ce livre est une réussite de bout en bout. Un récit sur la communauté coréenne au Japon, sur son exil et la discrimination qu’elle subie sur des décennies sans jamais se sentir victime. On retrouve toute la pudeur des sentiments, le poids des traditions et le respect des anciens. Je me suis beaucoup attachée à Sanja, cette femme courageuse accueillant avec dignité son destin, essayant de préserver sa famille des conséquences de la guerre. Nous découvrons ensuite, avec son fils, l’univers du pachinko, commerce que les coréens sont autorisés à tenir tout en étant taxés d’être mafieux. Un roman dense au cours duquel beaucoup de thèmes sont abordés tels que le rapport homme/femme, la maladie, la famille, le travail, l’argent, l’homosexualité, le harcèlement scolaire. J’en retiens beaucoup de force, d’humanité, d’amour et de fraternité.

    Pachinko
    Min Jin Lee – Lilly Charleston

  • Cachemire rouge

    Cachemire rouge

    Me revoilà partie en Asie pour la catégorie lire un livre sur la Mongolie pour le challenge L’été lisons l’Asie de @purrfectbooks

    Bolormaa est une jeune nomade mongole devant se résigner à abandonner cette vie itinérante pour aller travailler à l’usine en Chine. Malheureusement, rien de bon ne l’attend dans cette nouvelle vie. Pourtant, elle croise le chemin d’Alessandra venue s’approvisionner pour sa petite boutique de Florence. Elle lui achète sa dernière confection, un pull en Cachemire rouge réalisé grâce aux techniques ancestrales transmises par sa grand-mère. Avec son amie XiaoLi elle entreprend alors un long voyage pour rejoindre l’Italie en espérant un avenir meilleur…

    Ce roman m’a beaucoup fait penser au roman La Tresse de Laetitia Colombani tant par l’histoire que par sa narration. Nous suivons trois jeunes femmes liées par ce pull en Cachemire rouge. Un long voyage attend les deux amies, traversant l’Asie et l’Europe pour rejoindre le pays de tous leurs espoirs. Avec douceur, l’auteure aborde les drames de l’exil, du racisme et surtout de la condition et l’exploitation des migrants. J’en retiens également une jolie histoire d’amitié, des descriptions de paysages traversés à couper le souffle et finalement beaucoup de poésie.

    Cachemire rouge
    Christiana Moreau – Préludes éditions